Corriger les effets de l’IA et mieux en partager les bénéfices : Open AI partage de premières pistes d’une nouvelle économie


Corriger les effets de l’IA et mieux en partager les bénéfices : Open AI partage de premières pistes d’une nouvelle économie
C’est un premier pavé dans la mare de l’intelligence artificielle, ou de la « superintelligence », comme on va bientôt l’appeler. Open AI, la société à l’origine de ChatGPT a livré début avril treize pages intitulées « Une politique industrielle à l’ère de l’intelligence : des idées pour donner la priorité à l’humain ». Treize pages qui analysent la nouvelle ère dans laquelle nous sommes plongés. Un document qui plaide pour une refonte de la politique industrielle, remettant l’humain au cœur des choix.

« Nous entamons une transition vers la super intelligence, où les systèmes IA seront capables de dépasser les humains les plus intelligents, même lorsqu’ils ont recours à l’IA », indique le document.  Autrement dit, le combo IA et humain va être dépassé par la seule IA. Il faut voir aussi dans la puissance de l’IA un sujet de cadence. Alors que les systèmes étaient déjà capables de réaliser des choses qui prenaient des heures à être faites par des humains, elles sont désormais capables de réaliser ce qui mettait des mois à être fait, voire des années. Lors d’une table ronde sur l’intelligence artificielle le 16 avril dernier, Virginie Bonnaillie-Noël, directrice adjointe sciences à l’ENS relevait : « on a très clairement une rupture, un post-doctorant nous rapporte que la thèse récente sur laquelle il a passé trois ans peut être faite par l’IA en deux minutes ». Et le plus brusque est la vitesse à laquelle la technologie évolue et chamboule acquis et usages, avec le risque d’en laisser certains de côté.

Dans cette nouvelle ère, de simples ajustements de politiques publiques ne suffiront pas. Et il incombe, selon Open AI, non seulement aux gouvernements mais aussi aux institutions non-gouvernementales de dessiner de concert les germes de cette nouvelle société.

Le document propose des pistes de résilience mais également une réflexion sur le partage des richesses générées par l’IA. Il a trois objectifs : mieux partager la prospérité et les richesses, atténuer les risques face à un usage de l’IA incontrôlé et incontrôlable et démocratiser l’accès à l’IA.

Le document dresse une analogie avec la transition vers la révolution industrielle. Dans un univers « modifié par l’électricité, le moteur à combustion et la production de masse », politiques progressives et New Deal ont aidé à moderniser le contrat social. La révolution industrielle a ainsi été accompagnée de nouvelles institutions publiques, d’un système de protection sociale, de filets de sécurité.

Mise en place d’une économie ouverte, plus inclusive

Dans la suite de son rapport, la société milite pour la mise en place d’une économie ouverte, plus inclusive, où chaque citoyen serait considéré et où les gains liés à l’IA seraient non pas concentrés, mais redistribués. Une économie tout d’abord – c’est l’incipit – où les travailleurs seraient en première ligne, où leur point de vue serait le premier à être pris en compte. « Les travailleurs ont la connaissance de la façon dont le travail est fait et comment l’IA peut en améliorer les bénéfices ». Il s’agit donc, plaide le document, de faire collaborer travailleurs et management pour améliorer la qualité des postes, en éliminant les tâches répétitives ou harassantes par exemple, en renforçant la sécurité au travail et en se concentrant sur les tâches à haute valeur ajoutée, comme déjà longuement décrit ici.

Le rapport milite aussi pour un accès à l’IA intégral et démocratisé. « Il faut considérer l’IA comme un pré-requis à la participation de chacun à l’économie, comme l’ont été les efforts à grande échelle pour accompagner l’alphabétisation ou le déploiement de l’électricité et d’internet à l’échelle de la planète ».

Après le déploiement généralisé de l’IA, le document invite aussi à repenser le système fiscal. L’activité économique pourrait être ébranlée, souligne le rapport, puisque l’on va vers une augmentation des profits des entreprises et des gains capitalistiques au détriment des salaires et des taxes qui y sont assujetties. Ce qui plaide selon le document pour asseoir davantage la fiscalité sur le capital, mais aussi pour créer d’autres taxes, assises cette fois sur les gains générés par l’IA. La société le reconnaît d’ailleurs explicitement : « il y a un risque que les gains économiques générés soient concentrés dans un faible nombre d’entreprises comme Open AI ».

Le rapport milite aussi pour la création d’un fonds public, financé possiblement par les acteurs de la tech et de l’IA, et qui bénéficierait à tous, citoyens investis comme les autres. Une société qui milite pour sa propre taxation, comme Microsoft ou Salesforce auparavant, une posture volontariste qui évite en fait de se faire prendre de court.

Un cadre non limitatif, un appel au dialogue multipartite

Les risques associés à l’IA ne sont pas minorés : « disruption économique, menace biologique, atteinte à la sécurité, ou encore la perte de contrôle sur des systèmes devenus trop puissants ». Pour limiter les menaces, le document intitule une autre section de son rapport « construire une société résiliente », tant l’IA porte en elle les germes de mésusages, ou de même d’attaques de grande ampleur.

Au rang des propositions, le développement de systèmes de sécurité, d’outils permettant de détecter les risques et de prévenir les utilisations abusives dans les domaines à haut risque ou des systèmes de modélisation des menaces. Il faudrait aussi mettre en place ce que l’on pourrait assimiler à des sociétés de contrôle prudentiel, des audits obligatoires chargés d’évaluer les systèmes d’IA. Le rapport prône aussi le développement de systèmes de confinement pour les IA potentiellement dangereuses.

Et la discussion est loin d’être terminée. S’il est étonnant mais salutaire qu’une société lucrative se penche sur les conséquences de son propre modèle, en augure les bouleversements, et en propose une redistribution, Open AI va plus loin. L’idée est de poser de premières briques et de créer un dialogue multipartite le plus large possible. Un nouveau workshop de travail se tiendra à Washington en mai. Open AI propose aussi de financer les travaux sur ces thèmes par des bourses et des subventions ciblées. Anciennement modèle de référence, désormais concurrencée par de nombreux autres modèles d’IA, l’entreprise semble chercher ses galons de respectabilité.

Marine Landau
Journaliste