1. Quel a été votre parcours et quelles réflexions vous ont amené à comprendre comment intégrer l’IA dans l’exercice de votre métier d’avocat ?
Mon parcours est celui d’un avocat qui s’est très tôt intéressé au droit des technologies et de l’innovation. Je suis avocat au Barreau de Paris depuis 1995 et en 1995 c’était le début de l’internet grand public et des premiers contentieux informatiques. Des ingénieurs télécom venaient au cabinet nous expliquer le fonctionnement d’internet.
J’ai exercé aussi bien en cabinets internationaux qu’en entreprise, notamment au sein d’un grand groupe industriel américain. Cette double expérience — conseil externe et juriste interne — a profondément structuré ma manière d’appréhender le droit : non pas comme une discipline abstraite, mais comme un outil stratégique au service des projets économiques et technologiques.
Lorsque j’ai fondé Lawways en 2006, l’objectif était déjà clair : accompagner les entreprises confrontées à des technologies complexes, en comprenant non seulement le cadre juridique, mais aussi la réalité technique et opérationnelle de leurs projets. L’intelligence artificielle s’inscrit naturellement dans cette continuité. Elle ne représente pas une rupture isolée, mais une étape fondamentale et transversale dans l’évolution des technologies numériques.
Très tôt, j’ai considéré que l’IA ne pouvait être abordée uniquement sous l’angle de la conformité réglementaire. Pour l’intégrer utilement dans la pratique de l’avocat, il faut comprendre ses logiques de fonctionnement, ses limites statistiques, ses biais potentiels et ses impacts concrets sur la prise de décision. C’est cette approche globale — juridique, technique et stratégique — qui permet d’en faire un outil pertinent, plutôt qu’un simple objet de discours ou de crainte.
2. Pour vous, l’IA va-t-elle inviter les professionnels à repenser les pratiques juridiques ?
Indéniablement. L’IA oblige les professionnels du droit à repenser en profondeur leurs pratiques, mais aussi leur positionnement. Certaines tâches à faible valeur ajoutée — recherches documentaires répétitives, premières analyses, comparaisons contractuelles — peuvent être assistées par des outils d’IA. Cela libère du temps pour ce qui constitue le coeur du métier d’avocat : l’analyse juridique fine, la stratégie, le conseil, la négociation et la prise de responsabilité, mais surtout le rapport humain.
Cette évolution s’accompagne de fortes exigences. L’avocat ne peut pas se contenter d’utiliser l’IA comme une boîte noire. Il doit conserver une maîtrise intellectuelle totale des raisonnements produits, vérifier les sources, comprendre les limites de l’outil et assumer la responsabilité du conseil délivré. L’IA ne remplace ni le raisonnement juridique ni l’éthique professionnelle ; elle en renforce au contraire l’exigence.
L’IA interroge profondément des principes fondamentaux du droit : la transparence, l’explicabilité, le contradictoire, la responsabilité. Elle pousse la profession à réfléchir à de nouvelles méthodes de travail, mais aussi à une nouvelle pédagogie vis-à-vis des clients, qui attendent des réponses claires sur des technologies souvent perçues comme opaques. Mais surtout, l’avocat doit respecter les principes déontologiques de sa profession dans son utilisation des outils d’IA à commencer par le secret professionnel. Il faut donc être prudent et toujours conserver un certain recul.
3. Depuis la création de votre cabinet Lawways, avez-vous observé de nouvelles interrogations causées par la montée des nouvelles technologies ?
Oui, et de manière constante. Depuis la création de Lawways, les technologies ont évolué à un rythme extrêmement rapide, et avec elles les inquiétudes et interrogations des entreprises. À l’origine, les questions portaient surtout sur les contrats informatiques, les logiciels ou la responsabilité liée aux systèmes numériques. Puis sont venues les problématiques de données personnelles, de cybersécurité, de plateformes, de cloud, intelligence artificielle et maintenant de souveraineté et de dépendance.
Avec l’IA, les clients ne se contentent plus de demander si une technologie est licite. Ils s’interrogent sur la gouvernance des algorithmes, la maîtrise des données d’entraînement, les risques de biais, l’explicabilité des décisions automatisées ou encore la conformité aux nouvelles réglementations européennes. Ces questions sont à la fois juridiques, techniques et stratégiques.
Le rôle du cabinet est donc d’anticiper ces évolutions, d’aider les clients à structurer leurs projets en amont, et de transformer ces contraintes en leviers de confiance, notamment vis-à-vis des utilisateurs, des partenaires et des autorités.
4. En quoi votre approche basée sur l’expertise et les soft skills permet de faire évoluer votre profession, vos pratiques et à repenser leurs problématiques ?
L’expertise juridique est évidemment indispensable, mais elle n’est plus suffisante à elle seule. Dans des domaines aussi techniques que l’IA ou les technologies numériques, l’avocat doit également faire preuve de pédagogie, d’écoute et d’intelligence relationnelle. Ces soft skills sont essentielles pour comprendre les enjeux réels des clients, dialoguer avec des profils techniques, et traduire des contraintes juridiques complexes en solutions opérationnelles.
Chez Lawways, nous privilégions une approche très concrète : comprendre le projet, ses objectifs économiques, ses contraintes techniques, puis construire un cadre juridique adapté, compréhensible et sécurisé. Cette méthode permet non seulement de mieux accompagner les clients, mais aussi de faire évoluer la profession d’avocat, en la rendant plus transversale, plus stratégique et plus en phase avec les transformations numériques. Nos moteurs sont la curiosité et la satisfaction de nos clients tout en assurant la sécurité juridique.
À l’ère de l’IA, l’avocat n’est pas seulement un gardien de la norme : il devient un acteur de la confiance, capable d’éclairer les décisions, d’anticiper les risques et d’accompagner l’innovation de manière responsable. Restons curieux et ouverts à la transformation !
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