Il voit dans l’IA moins une rupture totale qu’un révélateur de questions anciennes. En éducation, elle rend possible « l’individualisation réelle du parcours de celui qui apprend », réalisant en partie « l’idéal socratique » d’un élève acteur de son apprentissage. Mais cette personnalisation menace, selon lui, le « socle commun éducatif » et la « communauté éducative » que représente la classe, indispensable pour les contenus partagés et la sociabilité.
L’ancien ministre, devenu professeur de droit, rappelle que l’école s’est longtemps organisée autour de « la rareté de l’information », alors que le défi actuel est son abondance. Internet a provoqué « une révolution anthropologique profonde », dont l’addiction aux écrans est un symptôme. L’IA accentue cette transformation : selon lui, sans vision humaniste, elle peut conduire à des « catastrophes sociétales ».
Alors que le confinement a montré que l’enseignement à distance « ne remplaçait pas ce qui pouvait se passer en classe », il assure que l’IA ne supprime pas non plus le professeur mais en révèle « l’implacable nécessité » : un enseignant formé à travailler avec ces nouveaux outils, mais dont « l’humanisme de la formation » permet d’ancrer l’élève dans des savoirs non technologiques.
Il trace un parallèle avec le droit. Selon lui, « l’IA ne remplace pas la question éducative » ni les enjeux juridiques, « elle les radicalise ». Professeurs, avocats, magistrats, restent indispensables comme « médiateurs ». « L’un des risques majeurs de l’intelligence artificielle, c’est de dissoudre la transmission dans l’immédiateté. Si tout est accessible, plus rien n’est vraiment transmis », prévient-il, dénonçant un usage naïf du slogan « apprendre à apprendre ».
« Pour apprendre à apprendre, il faut quand même apprendre », rappelle-t-il, plaidant pour un solide « socle cognitif ». Il en appelle à une formation du jugement, héritée de la tradition humaniste et républicaine, pour « résister à l’apparence de certains faux savoirs » produits par une IA capable de réponses « plausibles mais parfois erronées ». L’éducation et le droit doivent devenir les ancrages de la société pour éviter « une pure société de l’immédiateté, de la fragmentation, de l’individualisme », conclut-il.
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