Maystone : quand la blockchain rencontre la sécurité juridique
Maystone combine technologie blockchain et exigences élevées de sécurité juridique. Gaëlle Marraud Desgrottes explique que leur solution offre une preuve irréfutable du contenu, des pièces jointes, et de la date d’envoi d’un email, certifiée par l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI). Cela permet de remplacer les courriers recommandés, souvent coûteux et réglementairement non obligatoires, par un moyen numérique juridiquement opposable, ce qui ouvre un marché vaste et prometteur.
La blockchain : entre engagement éthique et pragmatisme technologique
Engagée dans la Fédération Française des Professionnels de la Blockchain (FFPB), Gaëlle Marraud Desgrottes promeut une approche responsable — « blockchain for good » — où cette technologie est utilisée pour des cas précis, avec une empreinte carbone maîtrisée. Elle rappelle que si la blockchain fait moins parler d’elle, c’est un signe d’adoption silencieuse et d’efficacité croissante, loin des effets de mode comme les NFT.
Elle évoque également des applications concrètes déjà utilisées par l’État, notamment dans la facturation électronique ou la collecte de TVA via des smart contracts. Ces contrats intelligents sont en passe d’être encadrés par des réglementations européennes, comme le Data Act, posant les bases légales d’un avenir numérique plus automatisé.
Trois piliers d’usage de la blockchain
Gaëlle Marraud Desgrottes synthétise la blockchain autour de trois principaux usages :
- La traçabilité des données et des actions
- La monnaie numérique
- Les smart contracts
Elle travaille principalement sur la traçabilité et les contrats intelligents, soulignant cependant la nécessité d’une donnée fiable en entrée (via des oracles) pour garantir la qualité des résultats. Ce constat rejoint un débat plus large sur la qualité et la fiabilité des données dans le domaine juridique.
Parcours universitaire et perspectives d’avenir
Gaëlle Marraud Desgrottes revient sur son parcours universitaire à l’université Paris-Cité (anciennement Descartes), où elle a suivi un Diplôme de Formation Supérieure Spécialisée (DFSS). Elle souligne la richesse des jeunes talents qu’elle côtoie, notamment au sein d’associations d’innovation juridique, qui incarnent la nouvelle génération capable de réinventer le droit.
Passionnée par le droit des sûretés — matière souvent perçue comme austère mais qui la fascine — elle confie avoir envisagé une thèse sur le sujet, avec un focus sur les sûretés et les smart contracts, un terrain encore largement à explorer. Elle insiste sur sa vocation d’écrire et de transmettre, un trait fondamental dans sa démarche professionnelle.
Une carrière riche d’expériences au sein de l’édition juridique
Gaëlle Marraud Desgrottes partage son parcours de près de 15 ans passés chez Lamy Liaisons, une maison d’édition juridique reconnue. Elle évoque avec enthousiasme ses souvenirs de travail au sein d’équipes d’auteurs passionnés et brillants, qui lui ont permis d’approfondir ses connaissances notamment sur des sujets complexes comme le droit des sûretés. Ces échanges intellectuels ont nourri son goût pour la pédagogie et l’écriture juridique.
Son rôle chez Lamy Liaisons allait bien au-delà de la simple rédaction : elle était responsable d’une collection et d’un site Internet, pilotant des équipes et contribuant à la création de contenus innovants. Cette polyvalence lui a permis d’aborder de nombreux aspects du droit, mais aussi de développer des compétences en gestion, anticipation et relations publiques, des atouts qui se révéleront essentiels dans ses projets futurs.
De l’édition juridique à l’innovation et aux LegalTech
Passionnée par les nouvelles technologies, elle a été pionnière dans l’ouverture d’une rubrique « Tech & Droit » pour le site Actualités du droit. Elle a ainsi pu anticiper les évolutions législatives et les impacts technologiques sur le droit, en collaboration étroite avec les ministères et les institutions publiques (Bercy, DGE, DGFIP, Chancellerie). Cette veille lui a permis d’acquérir une expertise précieuse dans la compréhension des travaux parlementaires, des enjeux liés à la législation et à la jurisprudence, et surtout dans la capacité à «&nsbp;prédire le droit » plutôt que simplement le commenter.
Son engagement dans l’écosystème LegalTech s’est manifesté à travers la collaboration avec Maddyness pour la création d’un baromètre des LegalTech, un outil essentiel pour structurer un marché encore émergent, favoriser la transparence, et encourager la confiance des clients et des pouvoirs publics. Gaëlle Marraud Desgrottes a souligné l’importance d’établir un conseil scientifique rigoureux pour gérer les conflits d’intérêts et garantir la fiabilité des données, notamment dans un contexte marqué par les premières levées de fonds et l’arrivée de l’intelligence artificielle et de la data.
Les défis de l’innovation juridique en France
Malgré l’élan innovant, la France rencontre encore des difficultés à exporter ses LegalTech à l’international. Gaëlle Marraud Desgrottes attribue cela principalement à un manque de connaissance du marché par les investisseurs étrangers, à une culture entrepreneuriale peu développée chez les juristes, et à une certaine réticence à prendre des risques, liée à la formation initiale et au cadre réglementaire strict.
Elle insiste sur la nécessité du mentorat et du partage d’expériences entre acteurs du secteur pour accompagner les jeunes startups dans leurs premiers pas. L’entrepreneuriat juridique requiert une acceptation des erreurs comme étapes naturelles du développement, ce qui contraste avec l’exigence des jurys et des assurances professionnelles.
Le rôle de la famille et la transmission
Enfin, Gaëlle Marraud Desgrottes évoque avec fierté l’éducation entrepreneuriale qu’elle souhaite transmettre à sa fille aînée, ainsi qu’à quatre autres jeunes femmes. Cette volonté de former une nouvelle génération d’entrepreneurs s’inscrit dans une démarche familiale et régionale, même si elle admet ne pas avoir réussi à constituer un groupe 100 % breton ! Cette transmission s’inscrit pleinement dans l’esprit d’innovation et d’ouverture qui caractérise sa carrière.
Former à l’entrepreneuriat : une ambition pour préparer les futures générations
L’une des ambitions majeures exprimées est de former les jeunes, notamment les femmes, à l’entrepreneuriat afin qu’elles puissent faire un choix éclairé dans leur vie professionnelle. Qu’elles souhaitent devenir sculptrices, photographes ou entrepreneuses, l’objectif est de leur transmettre des connaissances essentielles avant de se lancer. En effet, comprendre les bases du business permet de limiter les erreurs et de mieux appréhender les défis à venir.
Il ne s’agit pas seulement d’un savoir-faire technique, mais aussi d’une posture mentale : accepter l’erreur, apprendre rapidement de ses échecs, et avancer avec humilité. Cette formation à l’entrepreneuriat inclut aussi une dimension pratique, puisqu’il arrive que la fille aînée, dans ce cas précis, assiste aux négociations difficiles pour comprendre les rouages du métier et apprendre sur le terrain.
L’humilité : clé de la réussite dans l’innovation
Un mot revient tout au long du parcours : l’humilité. Dans un univers en constante évolution, notamment dans le domaine de la tech et du droit, il est essentiel de prendre rapidement des décisions, de se tromper vite, mais surtout d’assumer ses erreurs et de rebondir avec agilité.
Cette capacité à reconnaître ses limites et à se remettre en question est particulièrement cruciale dans un secteur comme la blockchain, où les règles et les technologies changent à un rythme effréné. Plutôt que de résister à ce changement, il faut apprendre à le suivre, voire à l’anticiper, avec la curiosité et l’ouverture d’esprit nécessaire à toute innovation.
L’innovation perpétuelle : un moteur pour ne pas vieillir
L’innovation ne permet pas seulement de progresser professionnellement, elle est aussi une source d’énergie et de jeunesse intellectuelle. Connaître le droit, c’est bien, mais il faut aussi être capable d’apprendre chaque jour de nouvelles choses, même si cela signifie parfois ne rien comprendre au premier abord.
Ce renouvellement constant des savoirs est vu ici comme une source de plaisir intellectuel, où le défi est de réapprendre sans cesse pour rester à la pointe. L’attitude recommandée est donc celle d’une remise en cause permanente, toujours en mouvement, sans jamais s’installer dans la routine.
Une vie professionnelle riche d’expériences et de traditions
Enfin, ce témoignage met aussi en lumière la richesse d’un parcours professionnel long et varié, avec une affection particulière pour Lamy Liaisons qui a marqué cette carrière. Cette expérience a permis de construire un réseau solide et d’ancrer une culture du travail rigoureuse et collaborative.