Un parcours atypique né d’un détour par les langues et l’interculturel

Avant le droit, Marine Chartier se destinait aux cadres d’Orient et à la diplomatie. Formée à l’INALCO, elle s’inscrivait dans une logique d’ouverture internationale, avec un intérêt marqué pour le Japon et les questions interculturelles.

Le droit entre presque par hasard dans son parcours. En troisième année, elle choisit cette matière en option parmi plusieurs enseignements proposés. La découverte agit comme un déclic. Elle y trouve à la fois une rigueur intellectuelle, notamment à travers le syllogisme juridique, et un terrain particulièrement stimulant pour penser les différences culturelles dans le rapport aux normes, aux institutions et aux relations sociales.

Séduite, elle envisage de poursuivre en master de droit. Mais l’absence de véritable passerelle entre son cursus initial et les études juridiques l’oblige à reprendre un parcours plus large. Malgré certains enseignements déjà suivis, elle ne peut intégrer directement la formation visée. Elle rejoint alors l’université de Nantes, dans un choix à la fois pragmatique et personnel.

Nantes et le Japon : une expérience fondatrice

Le choix de Nantes répond à plusieurs aspirations. Il y a d’abord le désir de quitter Paris, de vivre une forme d’expatriation intérieure. Il y a surtout l’existence d’un jumelage universitaire avec une ville japonaise.

Marine Chartier repère alors une place disponible pour partir au Japon, place jusque-là peu ou pas exploitée par des étudiants en droit. En troisième année de licence, elle décide de faire vivre cette opportunité et part un an dans une université japonaise.

Cette année est fondatrice. Elle y poursuit ses études, mais elle y enseigne aussi le droit de la famille français. L’expérience prend une dimension particulière parce que le Japon relève, comme la France, d’une tradition civiliste, ce qui rend possibles des comparaisons structurantes.

Le contexte renforce encore l’intérêt de cette immersion. Elle se trouve au Japon au moment de l’entrée en vigueur du PACS en France, sujet qui nourrit de nombreux échanges avec ses étudiants. Dans un cadre proche du séminaire, avec de très petits effectifs, la relation pédagogique est directe, vivante, presque quotidienne. Étudiante de troisième année, mais placée en position d’enseignante, elle doit expliquer le droit français dans un environnement culturel différent, sur des questions sensibles. Cette expérience annonce déjà ce qui marquera la suite de son parcours : la capacité à traduire des notions juridiques complexes dans des contextes nouveaux.

À son retour, elle ne bénéficie pas d’un mécanisme d’équivalence comparable à Erasmus. Elle doit donc passer son grand oral à Nantes avant de revenir à Paris pour poursuivre son cursus, d’abord à Assas en master 1, puis à la Sorbonne.

Assas et la Sorbonne : deux cultures juridiques complémentaires

Marine Chartier garde de ses années parisiennes le souvenir de deux approches très différentes du droit.

À Assas, elle découvre un rapport très professionnalisant à la matière. Les intervenants sont issus du métier, l’approche est tournée vers la pratique, l’efficacité et l’exposition directe aux réalités professionnelles. Cette formation l’ancre dans le concret.

À la Sorbonne, où elle poursuit un master de recherche, elle rencontre une autre respiration intellectuelle. Le rapport au droit y est plus conceptuel, plus réflexif, nourri d’une tradition universitaire fortement marquée par l’histoire intellectuelle parisienne. Elle y perçoit davantage de liberté de pensée, plus de place pour l’imagination juridique et la construction doctrinale.

Loin de s’opposer, ces deux expériences se complètent. L’une la forme à la pratique, l’autre élargit son horizon intellectuel.

Le choix de l’entreprise plutôt que le barreau

À l’issue de son cursus, Marine Chartier ne choisit pas le barreau. Ce n’est pas un rejet de la profession d’avocat, mais l’expression d’une préférence pour une autre manière d’exercer le droit.

Ce qui l’attire, c’est la proximité avec les équipes opérationnelles, notamment commerciales, la négociation, la stratégie, et la possibilité d’intervenir au plus près du business. Elle revendique un goût pour un droit en mouvement, en dialogue constant avec les besoins de l’entreprise. Dans cette vision, la fonction juridique ne se contente pas d’encadrer : elle contribue aussi à construire.

Cette orientation, déjà présente à la sortie de l’université, la conduit à ne pas considérer le barreau comme une évidence. Elle préfère une trajectoire de juriste intégrée aux dynamiques de l’entreprise, en contact direct avec les métiers.

L’INED, le RGPD et l’entrée dans un droit vivant

Le début de carrière est pourtant difficile. À la sortie du master, faute de stage et alors qu’elle finançait ses études en travaillant parallèlement, elle se retrouve au chômage. C’est dans cette période d’incertitude qu’elle fait un choix décisif : rejoindre le secteur public, alors même que son parcours et sa spécialisation en propriété intellectuelle ne l’y orientaient pas naturellement.

Elle intègre l’INED en 2016, au moment où le RGPD entre en vigueur et où les enjeux liés aux données personnelles prennent une ampleur nouvelle. Le terrain est particulièrement stimulant : l’institut travaille sur des données sensibles, dans un environnement où les questions juridiques sont immédiatement concrètes.

Elle présente ce passage comme l’un des meilleurs choix de sa carrière. Elle y rencontre une responsable juridique qui joue un rôle structurant dans sa formation. D’abord CIL puis DPO? cette responsable l’accompagne dans l’apprentissage du RGPD à un moment où la matière se construit encore dans les pratiques. L’apprentissage se fait donc au contact direct d’un droit vivant, mouvant, très opérationnel.

Ce poste lui apporte aussi une grande autonomie. Un rôle de juriste en propriété intellectuelle est créé pour elle dans un environnement où cette fonction n’existait pas auparavant. Très tôt, elle développe ainsi une posture d’initiative et d’adaptation.

La créativité comme méthode de travail

C’est également à l’INED qu’une phrase marque durablement son rapport au métier. Sa responsable juridique lui explique qu’au moment du recrutement, elle avait d’abord regardé les diplômes et les expériences des autres candidats, mais que, dans son cas, c’est sa créativité qui avait fait la différence.

Cette reconnaissance agit comme une validation fondatrice. Par la suite, Marine Chartier cherche à valoriser cette créativité dans toute sa carrière. Non comme un supplément d’âme, mais comme un outil concret d’adaptation aux interlocuteurs, qu’il s’agisse des équipes commerciales, des équipes techniques ou d’autres fonctions de l’entreprise.

Dans son approche, la créativité ne s’oppose jamais à la rigueur juridique. Elle permet au contraire de penser le droit avec les autres, à partir de leurs contraintes et de leurs apports quotidiens, pour transformer les exigences réglementaires en solutions intelligibles et applicables.

Des données sensibles à l’intelligence artificielle

Cette logique d’ouverture la conduit ensuite vers des environnements toujours plus technologiques. Au début des années 2020, avant même l’explosion de l’IA générative, elle évolue déjà dans des contextes où la computer vision et des cas d’usage avancés occupent une place centrale.

Les entreprises dans lesquelles elle travaille ont besoin de responsables juridiques capables d’accompagner la signature de contrats majeurs et d’encadrer des usages complexes dans des secteurs où l’identification, la donnée et la conformité sont des enjeux de premier plan.

Cette montée en technicité prépare la suite de son parcours chez Hubble, puis chez iDAKTO, où les problématiques d’identité numérique, de vérification d’identité et d’intégration de prestataires spécialisés deviennent centrales.

Construire la fonction juridique au cœur de l’innovation

Dans ces environnements en forte mutation, la fonction juridique prend une place croissante. À mesure que les projets technologiques se développent, les contrats deviennent plus stratégiques, les cas d’usage plus sensibles et les équipes commerciales ressentent le besoin d’avoir un juriste à leurs côtés au moment des négociations.

Marine Chartier raconte ainsi avoir participé à la structuration puis à la montée en puissance d’un véritable service juridique dans un contexte où la technologie occupait une place grandissante. Cette proximité avec les équipes métier, en particulier avec les commerciaux, renforce encore son intérêt pour un droit connecté aux besoins opérationnels.

Le juriste n’est plus ici dans un rôle de simple validation. Il devient un partenaire de la dynamique commerciale et technologique. Là où l’on oppose parfois juristes et commerciaux, son parcours montre au contraire que cette articulation peut être particulièrement féconde. Le droit devient une discipline de dialogue, de construction et d’accompagnement, capable de sécuriser les opérations sans freiner l’innovation.

L’IA, un terrain d’apprentissage permanent

C’est dans ce cadre qu’elle approfondit son rapport à l’intelligence artificielle. Elle explique avoir énormément appris au contact de ses collaborateurs, dans une logique de transmission réciproque. Son expertise ne se construit donc pas uniquement dans les textes ou dans la doctrine, mais aussi auprès des praticiens, des techniciens et des usages.

Peu à peu, une véritable passion naît pour ce sujet en mouvement. Ce qui la séduit, c’est la capacité de l’IA à irriguer des domaines très variés : environnement, exploration spatiale, industrie, services. Pour une juriste, cela signifie travailler sur des objets multiples tout en mobilisant un socle juridique commun.

Cette plasticité rejoint précisément ce qu’elle recherche dans le droit : un équilibre entre un cadre existant et une part d’imagination nécessaire pour penser les usages nouveaux. À ses yeux, l’innovation juridique ne consiste pas à s’affranchir du droit, mais à le projeter dans des situations inédites.

Vision par ordinateur, CNIL et sujets sensibles

Certains dossiers jouent un rôle d’accélérateur, notamment ceux liés à la computer vision et à l’usage de caméras dans l’espace public. Sur ces questions, à la fois techniques, réglementaires et sociétales, Marine Chartier se trouve davantage exposée et approfondit sa maîtrise des enjeux technologiques.

Ces dossiers renvoient directement aux préoccupations de la CNIL, à la protection des données personnelles et aux équilibres à trouver entre innovation, sécurité, vie privée et acceptabilité sociale. Ils imposent une lecture fine des textes, mais aussi une capacité à expliquer, à contextualiser et à distinguer les fantasmes des réalités techniques.

Ce travail prolonge un fil déjà présent depuis l’INED : évoluer sur des objets vivants, mouvants, techniquement complexes et juridiquement décisifs.

Hubble, IDAKTO et le fil rouge de l’identité numérique

La suite du parcours prolonge cette cohérence. Chez Hubble puis aujourd’hui chez Idakto, Marine Chartier continue à travailler autour du même sujet : l’identité numérique. Malgré les changements de structure, le fil rouge demeure. Il s’agit toujours d’intervenir à l’endroit où se rencontrent technologie, confiance, donnée et cadre juridique.

Elle évoque plus spécifiquement l’identité numérique régalienne, c’est-à-dire une identité numérique adossée à l’État et à ses garanties. Ce déplacement n’est pas anodin : il renvoie à des enjeux encore plus structurants, à la croisée des politiques publiques, de la souveraineté numérique et des usages de confiance.

Pour autant, elle ne cherche pas à figer son avenir dans une spécialisation définitive. Sa ligne de conduite reste claire : tant qu’un sujet la fait vibrer, elle ira dans cette direction. On retrouve ici une logique d’engagement fondée sur l’élan, la curiosité et le mouvement.

Enseigner le droit de l’IA comme prolongement naturel

L’enseignement constitue un autre moteur important de son parcours. Marine Chartier y vient par désir de transmission. Cette envie prolonge ce qu’elle a elle-même reçu : des personnes très pédagogues ont pris le temps de lui expliquer des sujets complexes, souvent hors des cadres universitaires classiques. À son tour, elle choisit de transmettre.

Lorsque l’opportunité d’enseigner le droit de l’intelligence artificielle au DJCE se présente, elle accepte. L’exercice est exigeant. Préparer un cours sur une matière aussi évolutive demande un travail considérable. Mais c’est précisément cette difficulté qui l’intéresse.

Sa méthode pédagogique révèle son approche du droit. Elle ne conçoit pas le cours comme un exposé descendant, mais comme un débat permanent. À chaque séance, ses étudiants disposent d’environ trente minutes pour la challenger sur un sujet d’actualité lié à l’IA. Ensemble, ils font émerger la problématique juridique sous-jacente.

Cette pédagogie dialogique prolonge directement son expérience japonaise. Elle y retrouve la même volonté de confronter les idées, d’ouvrir la discussion et de construire la réflexion à partir du réel.

Former au droit, éduquer à l’IA

Cette méthode a, selon elle, des effets très positifs. Elle oblige l’enseignante à rester en alerte, à suivre l’actualité et à accepter l’imprévu. Elle pousse aussi les étudiants à mobiliser activement leurs connaissances.

Dans le contexte de l’essor de l’IA générative, cette démarche prend un relief particulier. Marine Chartier observe que ses étudiants s’en sortent très bien sans recourir à ces outils pour penser à leur place. Certains lui disent même qu’ils auraient aimé bénéficier d’un tel enseignement plus tôt.

Sa réponse est nuancée. La licence, selon elle, doit d’abord transmettre les règles et les bases du droit. Ce n’est qu’ensuite que viennent la mise en pratique, la confrontation aux cas contemporains et l’ouverture du raisonnement. L’IA ne dispense donc jamais de la formation juridique fondamentale. Elle la rend, au contraire, plus nécessaire encore.

Elle insiste aussi sur une logique d’échange mutuel : les étudiants lui apportent autant qu’elle leur transmet. Ce modèle du donnant-donnant dépasse d’ailleurs, à ses yeux, le seul cadre universitaire.

Une vision mesurée de l’IA dans les métiers juridiques

Interrogée sur l’évolution de l’IA, notamment dans les métiers du droit, Marine Chartier adopte une position équilibrée. Elle refuse aussi bien les discours alarmistes que les enthousiasmes simplificateurs. Son regard n’est ni strictement négatif ni strictement positif. Ce qui compte, c’est la manière dont les professionnels et la société s’approprieront ces outils.

Elle insiste d’abord sur une distinction essentielle entre l’IA générative et d’autres formes d’IA, non génératives, déjà largement présentes dans les usages industriels. Selon elle, les juristes focalisent encore beaucoup leur attention sur l’IA générative, alors que d’autres usages de l’IA sont déjà très avancés dans de nombreux secteurs. Il existe donc un risque de décalage entre le rythme des transformations industrielles et la capacité des juristes à en mesurer les conséquences.

Pour elle, l’enjeu premier est de bien comprendre ce qu’est une IA générative. Elle formule ici une distinction forte : ce n’est pas un moteur de recherche, mais un moteur de réponse. Cette nuance est décisive. Elle signifie que l’outil ne doit ni être pris pour une source de vérité, ni recevoir une confiance automatique. Il faut le traiter comme un outil, avec une méthode, des précautions et une distance critique.

« L’IA générative ne doit pas être crue »

Dans son analyse, Marine Chartier met en garde contre la tentation de prêter à l’IA générative une autorité excessive. Elle souligne un paradoxe frappant : certaines personnes très attachées à la rationalité mathématique, qui se méfiaient auparavant de ce qu’elles jugeaient irrationnel, tendent aujourd’hui à accorder un crédit excessif à l’IA générative précisément parce qu’elle repose sur des mathématiques. Comme si cet habillage suffisait à garantir la justesse ou la vérité de la réponse.

C’est contre ce réflexe qu’elle appelle à une véritable acculturation. À ses yeux, il ne suffit pas de former à l’outil. Il faut éduquer à l’IA, c’est-à-dire permettre d’en comprendre les logiques, les finalités, les limites et les conditions d’usage. Cette exigence vaut pour les juristes comme pour le grand public.

Pédagogie, peurs technologiques et identité numérique

Cette nécessité de pédagogie vaut aussi pour les sujets qui cristallisent les inquiétudes. Marine Chartier évoque les débats autour de la loi JOP et de la reconnaissance faciale, qui ont nourri des perceptions anxiogènes. Ces peurs lui paraissent compréhensibles, d’autant que les réseaux sociaux amplifient souvent les simplifications et les malentendus.

Face à cela, elle estime que tous ceux qui se présentent comme spécialistes ou experts de l’IA ont un devoir de pédagogie. Il ne suffit pas de maîtriser techniquement un sujet : il faut encore être capable d’expliquer à quoi sert l’IA, dans quelles limites elle s’inscrit et quels garde-fous existent.

La même logique s’applique à l’identité numérique. Pour elle, une identité numérique robuste représenterait une avancée considérable. Les usages sont déjà là, notamment dans le voyage ou la banque, en particulier pour lutter contre la fraude. La santé appelle davantage de prudence, mais les cas d’usage existent aussi, à condition de réunir de très fortes garanties de sécurité et de gouvernance.

Son idée centrale est claire : l’identité numérique existe déjà depuis longtemps sous différentes formes, mais l’identité numérique régalienne suppose une implication directe de l’État. C’est à lui d’assumer pleinement le sujet, d’en expliquer l’utilité et d’accompagner les citoyens dans la compréhension de ses bénéfices comme de ses conditions d’emploi.

Elle invite aussi à ne pas idéaliser l’identité papier. Le support physique n’est pas, par nature, plus sûr qu’un support numérique. Il permet lui aussi des fraudes et des détournements. Le vrai sujet n’est donc pas l’opposition entre papier rassurant et numérique dangereux, mais l’existence d’un encadrement solide, clair et légitime.

Oser, proposer, rester curieux

À la fin de l’échange, Marine Chartier adresse un message net aux étudiants et jeunes diplômés : il faut oser. Oser postuler, même lorsqu’on ne coche pas toutes les cases. Oser aller contre ses peurs. Oser croire que l’on peut apporter quelque chose, même sans correspondre parfaitement à une fiche de poste.

À cette audace, elle associe deux qualités essentielles : la créativité et la force de proposition. La créativité n’est pas, chez elle, une manière de contourner les exigences, mais une aptitude à imaginer des solutions, à relier des mondes différents et à sortir des schémas trop rigides. La force de proposition compte tout autant, à condition de rester attentive à ce que les autres ont eux-mêmes à transmettre.

Elle ajoute enfin une dernière qualité, qui résume sans doute tout son parcours : la curiosité. Curiosité intellectuelle lorsqu’elle découvre le droit à l’INALCO. Curiosité culturelle lorsqu’elle part au Japon. Curiosité professionnelle lorsqu’elle entre dans le secteur public au moment du RGPD. Curiosité technologique lorsqu’elle investit l’IA, la vision par ordinateur et l’identité numérique.

Dans son approche, la curiosité n’est pas un trait abstrait. C’est une discipline concrète : rester ouverte à ce que l’on ne maîtrise pas encore, apprendre des autres, comprendre les usages, écouter les besoins métiers et continuer à se déplacer dans un monde juridique en transformation.

Un parcours qui redonne sa place à la créativité dans le droit

À travers ce témoignage, Marine Chartier dessine une vision du métier de juriste à la fois exigeante, ouverte et profondément ancrée dans le réel. Son parcours montre que le droit ne se réduit ni à une application mécanique des textes, ni à une posture de contrôle détachée des opérations. Il peut aussi être un espace de dialogue, d’invention et d’accompagnement.

De l’INALCO à Nantes, du Japon à Assas et à la Sorbonne, de l’INED à l’univers de l’IA et de l’identité numérique, elle construit une trajectoire singulière sans perdre son fil conducteur : faire du droit un outil d’adaptation dans des environnements complexes.

Son témoignage éclaire aussi l’évolution des métiers juridiques. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, des technologies de vérification, de la gestion des données et des dispositifs d’identité numérique, les juristes ne sont plus seulement attendus sur la conformité ou la rédaction contractuelle. Ils le sont aussi sur leur capacité à comprendre les usages, à poser les bonnes questions, à distinguer l’innovation utile des effets de mode et à rendre intelligibles des technologies parfois mal perçues.

Le message qu’elle laisse aux jeunes juristes résume cette cohérence : oser, proposer, apprendre, rester curieux. Une carrière juridique ne se construit pas seulement à partir de diplômes ou de trajectoires linéaires. Elle peut aussi naître d’un détour, d’une intuition, puis se renforcer au fil des rencontres, des transmissions et des sujets qui font vraiment vibrer.