Safe Spaces : une initiative structurée contre les violences domestiques
L’initiative Safe Spaces ne constitue pas une action isolée. Depuis 2015, AXA est engagé sur le sujet des violences domestiques, notamment via sa filiale française Juridica, qui propose une assistance juridique gratuite aux victimes.
Cet engagement a permis d’accompagner plus de 2 000 victimes et de travailler en proximité avec les associations spécialisées. Cette expérience de terrain a conduit le groupe à une double conviction :
- Les entreprises ont un rôle majeur à jouer en tant qu’employeurs.
- La connaissance des mécanismes de violence constitue un levier essentiel de prévention.
Pour les professionnels du droit social et les directions RH, cette approche illustre une évolution significative : l’entreprise devient un acteur structurant de la prévention des violences intrafamiliales, en complément des dispositifs publics.
Une plateforme de formation accessible à tous
Une formation gratuite et opérationnelle
Safe Spaces est une plateforme en libre accès, gratuite, ouverte non seulement aux salariés d’AXA, mais également à l’ensemble des salariés et citoyens.
La formation, d’une durée d’environ 1h30, s’articule autour de quatre situations de violence :
- Le contrôle financier
- L’emprise
- Le contrôle coercitif
- La violence physique
- La violence sexuelle
L’objectif est pédagogique et pragmatique : comprendre les mécanismes pour mieux les reconnaître.
Reconnaître pour agir
La difficulté majeure réside souvent dans l’identification des situations. Nombre de collaborateurs peuvent être confrontés, sans le savoir, à des situations d’emprise ou de contrôle coercitif dans leur entourage professionnel ou personnel.
La formation vise à :
- Apprendre à réagir avec empathie face à un collègue ou un proche ;
- Éviter les réactions inadaptées ou la minimisation des faits ;
- Orienter efficacement vers des structures d’aide.
Un annuaire international, via le partenariat avec le réseau No More, permet d’identifier des associations d’accompagnement dans différents pays. Cette dimension internationale est cohérente avec la présence mondiale du groupe.
À ce jour, plus de 10 000 personnes ont accédé à la formation. Par ailleurs, six grandes entreprises – dont Engie, Accor, LVMH et Orange – ont choisi de déployer ce dispositif auprès de leurs collaborateurs.
Pour les praticiens du droit social, cette initiative pose des questions structurantes : intégration dans les politiques QVCT, articulation avec le DUERP, responsabilité de l’employeur en cas de signalement, confidentialité des dispositifs internes, etc.
Les actions internes d’AXA : un dispositif RH structuré
Au-delà de la plateforme, AXA a déployé un ensemble d’actions internes à l’échelle mondiale.
La formation massive des collaborateurs
Le groupe compte 154 000 collaborateurs et agents dans le monde. La formation Safe Spaces est progressivement rendue accessible à l’ensemble des salariés, dans 12 langues.
Cette démarche illustre une volonté d’outiller les collaborateurs face à des problématiques qui dépassent strictement le cadre professionnel mais dont les conséquences peuvent impacter directement la relation de travail (absentéisme, risques psychosociaux, sécurité sur le lieu de travail).
La mise en place de « partenaires de confiance »
Dans chacune des entités du groupe (environ 50 dans le monde), AXA a formé des « partenaires de confiance » : des référents spécialisés dans les violences domestiques, familiales et intrafamiliales.
Ces référents peuvent être :
- Des responsables RH,
- Des gestionnaires paie,
- Des assistantes sociales,
- Des membres des équipes médicales.
Environ 200 personnes ont déjà été formées à ce rôle spécifique.
Leur mission :
- Recevoir la parole du salarié en toute confidentialité ;
- Apporter une première écoute qualifiée ;
- Orienter vers des conseils juridiques et des associations spécialisées.
Pour les juristes en droit social, ce type de dispositif soulève des enjeux majeurs : confidentialité, protection des données sensibles, articulation avec les obligations de signalement, coordination avec les représentants du personnel et les services de santé au travail.
Des mesures concrètes de protection sur le lieu de travail
AXA a également formé ses responsables sécurité, en coordination avec les équipes RH, pour répondre à des situations concrètes.
En effet, le lieu de travail peut devenir un point de vulnérabilité pour les victimes :
- Un conjoint violent peut se présenter sur le site professionnel ;
- Le téléphone personnel peut être confisqué ou surveillé.
Les mesures mises en œuvre peuvent inclure :
- Le changement de lieu de travail lorsque cela est possible ;
- La mise à disposition d’un téléphone sécurisé distinct du téléphone personnel ;
- L’accompagnement vers des structures d’aide.
Ces dispositifs démontrent une approche intégrée mêlant sécurité, ressources humaines et accompagnement juridique.
Pour les directions juridiques et les DRH, ces pratiques constituent des exemples concrets de mise en œuvre de l’obligation de prévention et de protection de la santé et de la sécurité des salariés.
Les grands défis RH 2026 : intelligence artificielle, télétravail et programme We Care
Au-delà du sujet des violences domestiques, AXA identifie trois défis RH majeurs pour 2026.
L’intelligence artificielle : transformation des métiers et dialogue social
L’intelligence artificielle constitue un chantier stratégique. AXA a développé en interne un outil baptisé Secure GPT, permettant un usage sécurisé de l’IA par les collaborateurs.
Quelques données clés issues d’une enquête interne :
- 48 % des collaborateurs utilisent un outil d’IA de manière hebdomadaire ou quotidienne ;
- 70 % se déclarent optimistes quant à l’impact de l’IA sur leur travail ;
- 68 % estiment être suffisamment équipés pour faire face à cette transformation.
La position du groupe est claire : l’IA transformera les métiers sans provoquer de destruction massive d’emplois. L’enjeu principal réside dans la formation.
L’IA constitue également un objet central de dialogue social. AXA France a signé une charte sur l’intelligence artificielle, et une charte européenne a été conclue à Madrid dans le cadre du comité européen de groupe.
Pour les professionnels du droit social, ces évolutions invitent à analyser :
- L’encadrement conventionnel de l’IA ;
- Les impacts sur les compétences et la formation ;
- Le rôle du CSE et du comité européen de groupe ;
- Les enjeux de conformité et de protection des données.
Télétravail et présence au bureau : vers un nouvel équilibre
AXA avait anticipé le télétravail avant la crise sanitaire. Aujourd’hui, le groupe considère qu’une majorité du temps de travail doit être effectuée au bureau, tout en maintenant une flexibilité.
La ligne directrice fixée : un minimum de trois jours par semaine en présentiel.
La moyenne mondiale actuelle s’établit à 2,9 jours, avec des disparités selon les pays. Des renégociations sont prévues, dans le respect du dialogue social, afin d’harmoniser les pratiques.
Ce sujet demeure au cœur des problématiques de droit social : négociation collective, organisation du travail, attractivité employeur, gestion des espaces de travail.
Le programme We Care : santé, protection sociale et parentalité
Enfin, AXA poursuit le déploiement de son programme mondial We Care, qui inclut :
- Un socle mondial de protection sociale et de santé ;
- Des congés parentaux harmonisés ;
- Des dispositifs d’accompagnement, dont la lutte contre les violences domestiques.
Présent dans 50 pays, le groupe doit assurer une mise en œuvre homogène tout en tenant compte des spécificités locales.
Pour les juristes et responsables RH, ces démarches illustrent l’internationalisation des politiques sociales et les enjeux de conformité multi-juridictionnelle.
Diffusion et valorisation des initiatives RH : un enjeu stratégique pour les acteurs du droit social
L’entretien met également en lumière l’importance de la diffusion des bonnes pratiques et du partage d’expérience. Les échanges relatifs au programme Safe Spaces, aux politiques internes de prévention des violences domestiques, ainsi qu’aux chantiers structurants en matière d’intelligence artificielle, de télétravail et de protection sociale internationale, s’inscrivent dans une logique de pédagogie et de transparence.
La mise à disposition de ce type de contenu sur des plateformes spécialisées constitue un levier essentiel pour :
- Sensibiliser les directions juridiques et les DRH aux enjeux contemporains du droit social ;
- Alimenter le dialogue social à partir d’exemples concrets d’entreprises internationales ;
- Favoriser une montée en compétence collective sur des sujets complexes (violences intrafamiliales, IA, organisation hybride du travail, socle mondial de protection sociale).
Dans un contexte où les obligations de prévention, d’accompagnement et de transformation des organisations s’intensifient, la diffusion d’analyses et de retours d’expérience contribue directement à l’évolution des standards en droit social et en gouvernance RH.